1 septembre 2026
Aliments pour animaux : ce que l’enquête de la DGCCRF révèle sur les allégations, et comment les sécuriser
26 octobre 2026
Publié initialement sur LinkedIn (octobre 2026) et enrichi pour le site
La DGCCRF a publié en février 2026 les résultats de son enquête sur l’étiquetage des aliments pour animaux, menée en 2023 auprès de 315 professionnels : fabricants d’aliments composés, nouveaux acteurs du secteur, commerces de gros et de détail. Les produits contrôlés concernaient aussi bien les animaux de compagnie que les animaux d’élevage et les chevaux.
Sur les 107 produits analysés en laboratoire, 31 présentaient une anomalie, soit près d’un sur trois. Au-delà des chiffres, cette enquête montre à quel point la communication autour d’un produit, sur l’étiquette comme sur un site internet ou un stand, engage la responsabilité réglementaire de l’entreprise.
Ce que révèle l’enquête
Les anomalies relevées portent moins sur la sécurité des produits que sur l’écart entre ce qui est affirmé et ce qui est démontré. Quelques exemples concrets tirés de l’enquête :
- Des allégations interdites ou non fondées. Des allégations thérapeutiques ont été relevées à plusieurs reprises. Une allégation de ce type n’est jamais anodine : elle peut conduire à requalifier le produit en médicament vétérinaire, avec toutes les exigences que cela implique.
- Des mentions vérifiables… et fausses. Des croquettes pour chiens présentées comme « sans gluten » en contenaient. Un fabricant d’aliments pour poules pondeuses mettait en avant l’électricité verte et une empreinte carbone réduite, alors que ses contrats d’électricité verte n’avaient pas été renouvelés et que son approvisionnement n’avait pas changé depuis une vingtaine d’années.
- Une terminologie réglementaire approximative. « Complément alimentaire » à la place d’« aliment complémentaire », ou des allégations proches des intitulés réservés aux aliments diététiques sans en respecter les mentions obligatoires.
- La communication hors étiquette. Une amende de 1 863 € a sanctionné un professionnel qui distribuait des friandises pour chevaux lors d’un concours équestre international : son site internet présentait leurs arômes comme naturels, ce que les analyses ont contredit.
- Des écarts de composition. 30 % des aliments pour animaux de rente analysés présentaient des anomalies. Par exemple, un déficit de 67 % en vitamine A par rapport à la valeur garantie a été observé puis sanctionné par une amende de 4 490 €.
Au total, l’enquête a donné lieu à 84 avertissements, 58 injonctions, 4 procès-verbaux pénaux et 3 amendes administratives. La DGCCRF souligne que la plupart des professionnels se sont ensuite mis en conformité.
Les nouveaux acteurs, particulièrement exposés
L’enquête consacre une partie spécifique aux nouveaux acteurs de la petfood. Leur positionnement repose souvent sur la différenciation : alimentation « sur mesure », produits « sans céréales », « sans additifs » ou présentés comme plus « sains ». Ces arguments font écho aux préoccupations des propriétaires pour leur propre alimentation.
Le problème n’est pas l’argument marketing en lui-même, mais sa démonstration. L’enquête relève plusieurs situations :
- Des allégations fausses ou non fondées scientifiquement ;
- Des recettes présentées comme personnalisées à partir d’un questionnaire, alors qu’une même recette servait pour des chiots et des chiens adultes ;
- Des caractéristiques mises en avant comme distinctives alors que tous les aliments du marché les possèdent ;
- Des produits à base de CBD commercialisés sans autorisation de mise sur le marché.
La vente en ligne concentre une part importante des écarts : près de 20 injonctions ont concerné des sites de vente d’aliments pour chiens et chats.
Ces erreurs ne relèvent pas toujours d’une intention trompeuse. Elles traduisent le plus souvent une maîtrise insuffisante des frontières entre catégories de produits, et une stratégie marketing construite sans que les exigences réglementaires applicables aient été identifiées en amont. La DGCCRF le note aussi chez des acteurs établis : des arguments élaborés sur des sites dédiés, parfois sans concertation avec les unités de production.
Quelle approche adopter ?
La qualification d’un produit détermine ce que l’on peut dire et écrire à son sujet : sur l’étiquette, sur le site internet, sur un stand, et même oralement lors d’un échange avec un professionnel. Vous ne pouvez revendiquer que ce qui est prouvé et conforme à la réglementation applicable. La démarche à suivre dépend toutefois de votre situation.
Nouvel acteur ou nouveau produit : construire la stratégie réglementaire en même temps que la stratégie marketing.
Le bon moment pour sécuriser une allégation, c’est avant de l’écrire. Dès le début du projet, il est utile de partir de ce que l’entreprise souhaite pouvoir affirmer pour se différencier, puis de vérifier :
- Quelle est la qualification du produit et si chaque allégation envisagée reste compatible avec elle ;
- Quelles preuves sont nécessaires pour étayer chaque revendication (analyses, données scientifiques, essais) ;
- Quels termes réglementaires s’imposent sur l’étiquette et dans la communication ;
- Comment les équipes marketing, production et qualité restent alignées dans la durée.
Cette démarche n’est pas un frein à la créativité marketing. Au contraire : une stratégie réglementaire formalisée permet de construire un positionnement différenciant qui tient dans le temps, de prioriser les études qui donneront de vrais arguments, et d’éviter d’avoir à retirer un message après son lancement. Bien construite, elle devient un véritable appui à la stratégie de pénétration du marché.
Entreprise établie : vérifier la conformité de l’existant.
Un produit commercialisé depuis des années n’est pas à l’abri. Les supports changent (nouveau site, réseaux sociaux, salons), les formulations changent, les fournisseurs aussi, et les exigences réglementaires évoluent. Chaque changement devrait faire l’objet d’une analyse d’impact.
Une revue périodique de l’étiquetage et des supports de communication permet de détecter les écarts avant une inspection, de vérifier que les teneurs garanties correspondent à la réalité du produit, et de s’assurer que les arguments commerciaux restent justifiables. L’enjeu dépasse le risque de sanction : une allégation retirée sur injonction peut fragiliser durablement la confiance des clients et des prescripteurs.
Dans les deux cas, l’essentiel est d’agir avant d’y être contraint par une inspection, un audit ou une réclamation. Plus la démarche est engagée tôt, moins elle est coûteuse. Pour évaluer rapidement où vous en êtes, les 10 questions pour évaluer votre niveau de conformité, conçues pour la filière équine, s’appliquent largement à tout produit de santé animale.
→ Vous lancez un produit en santé animale ou vous souhaitez vérifier la conformité de vos supports existants ? Un Audit de Projet One Health Compliance passe en revue votre étiquetage et vos éléments de communication au regard de la qualification de votre produit, identifie les écarts et les allégations à sécuriser, et vous remet un plan d’action opérationnel et priorisé.
Sandra Dejean, Docteur en Pharmacie – Fondatrice de One Health Compliance
Références et crédits :
- Aliments pour animaux : les mentions sur l’étiquette ne sont pas toujours vraies. Février 2026. Disponible sur : https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/laction-de-la-dgccrf/les-enquetes-et-les-controles/aliments-pour-animaux-les-mentions-sur-letiquette-ne-sont-pas-toujours-vraies
- Dejean S. Stratégie réglementaire pour les produits équins : 10 questions pour évaluer votre niveau de conformité. One Flux, août 2026 : https://onehealthcompliance.com/oneflux/expertises/strategie-reglementaire-produits-equins-10-questions/
- Dejean S. Post LinkedIn sur l’enquête DGCCRF, octobre 2026 : https://lnkd.in/p/erZhA6eQ.
- Règlement (CE) n° 178/2002 établissant les principes généraux et les prescriptions générales de la législation alimentaire. Disponible sur : http://data.europa.eu/eli/reg/2002/178/oj.
- Règlement (CE) n° 767/2009 concernant la mise sur le marché et l’utilisation des aliments pour animaux. Disponible sur : http://data.europa.eu/eli/reg/2009/767/oj.
- © Mathias Grischott sur Unsplash : https://unsplash.com/fr/photos/un-petit-cochon-debout-au-sommet-dun-champ-verdoyant-nG_Y_TG3O-w
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